Colère agricole: levée des barrages en France, mobilisation en Espagne et Italie

  • AFP
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Une décrue, pas l'épilogue: les agriculteurs en France, épicentre de la révolte du monde paysan en Europe, ont levé la plupart de leurs blocages vendredi au lendemain des mesures annoncées à Paris et Bruxelles mais d'autres, en Espagne ou en Italie, poursuivent la mobilisation.Mobilisés en masse depuis lundi, les agriculteurs français qui barraient des portions d'autoroutes aux abords de Paris lèvent peu à peu le camp à l'appel des deux principaux syndicats du secteur qui ont évoqué les "avancées attendues au niveau national et européen".Pour tenter d'éteindre la colère qui gagnait du terrain sur le continent, la Commission européenne a promis jeudi des mesures pour défendre les "intérêts légitimes" des agriculteurs de l'UE, notamment en réduisant le "fardeau administratif" de la décriée politique agricole commune (PAC).Le gouvernement français a, de son côté, promis depuis lundi une enveloppe globale de 400 millions d'euros à ses agriculteurs et annoncé la mise "en pause" d'un plan de réduction des pesticides. Il s'agit de "sortir de l'écologie punitive pour être dans une écologie des solutions", a justifié vendredi sa porte-parole, Prisca Thevenot, provoquant la colère des écologistes."Le moment de la crise le plus visible (...) est plutôt derrière nous", a assuré vendredi le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau. Certains groupes isolés restent toutefois mobilisés, notamment en Isère (sud-est) où tracteurs et manifestants bloquaient encore un péage. "On n'a pas obtenu ce pourquoi on est en lutte: un revenu digne de ce nom", a expliqué Isabelle Douillon, une agricultrice sur place.Politique européenne trop complexe, revenus trop bas, inflation, concurrence étrangère, accumulation de normes, flambée des prix du carburant : les revendications qui s'expriment en France se retrouvent ailleurs en Europe, avec pour cible commune la politique agricole menée à Bruxelles.Pour faire entendre leurs griefs, des milliers de manifestants venus de plusieurs pays et quelque 1.200 tracteurs avaient envahi jeudi les rues de la capitale belge. Les agriculteurs ont notamment dans le collimateur l'accord de libre-échange que la Commission négocie actuellement avec les pays sud-américains du Mercosur, dont les puissances agricoles Brésil et Argentine, et à laquelle la France s'oppose. - Mise en garde du FMI -Les agriculteurs mobilisés ailleurs en Europe n'ont toutefois pas cessé leur mouvement.En Espagne, les trois principaux syndicats agricoles ont annoncé vendredi qu'ils poursuivaient leur mobilisation à l'issue d'une réunion avec le ministre de l'Agriculture, alors qu'une série de manifestations sont prévues dans les prochaines semaines dans le pays, notamment le 13 février à Barcelone.Les syndicats dénoncent "une frustration et un malaise croissants" du secteur agricole en Espagne, premier exportateur européen de fruits et légumes. En Italie, des appels circulent pour convaincre des agriculteurs de converger vers Rome et une action est prévue samedi au nord de la capitale. En Sicile, un convoi de tracteurs a défilé vendredi dans la ville de Raguse au son des klaxons et en brandissant une pancarte demandant "Sai cosa mangi ?" ("Sais-tu ce que tu manges ?"). "Nous devons agir parce qu'ils n'écoutent pas nos problèmes", a affirmé l'un des agriculteurs sur une chaîne locale.En Sardaigne, agriculteurs et éleveurs continuent de bloquer le port de Cagliari et entendent poursuivre leur action jusqu'à lundi, selon des médias locaux. Face à ce mouvement, la Commission avait déjà fait des concessions en début de semaine en proposant d'accorder pour 2024 une dérogation "partielle" aux obligations de mises en jachères imposées par la PAC.Après la rafale d'annonces notamment en France, le Fonds monétaire international, gardien de l'orthodoxie budgétaire, s'est inquiété de l'impact des aides gouvernementales sur les finances des États."Si cela place les gouvernements au pied du mur et les empêche de faire ce qui est nécessaire pour renforcer les économies, il risque de venir un moment où nous pourrions le regretter", a déclaré la patronne du FMI Kristalina Georgieva. burs-jt/cf/ref
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